Entretiens

Grand Forum “Pépites de la Nation” : apportez vos idées !

Vendredi 6 mars 2009

Avec Fadela Amara, Martin Hirsch, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et pleins d’autres invités !

Rejoignez l’event Facebook et invitez vos amis !

Depuis 6 mois, les Jeunes Populaires sont allés à la rencontre des jeunes des quartiers et des acteurs de la mobilité sociale. De ces échanges sont sorties 100 propositions pour l’égalité des chances.

Des pistes concrètes, pour valoriser le potentiel de chacun, rétablir l’égalité des chances et construire un pays qui avance grâce aux talents de tous ses jeunes. Ils sont l’avenir de la France, ils sont les Pépites de la Nation.

En présence de Fadela Amara, Martin Hirsch, Laurent Wauquiez, ministres, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, Benoist Apparu et Jacques Legendre, parlementaires, et aussi Fodé Sylla, Jihade Belamri, Raynald Rimbault, Jean-Jacques Giannesini et beaucoup d’autres invités !

Conclusion solennelle de Fadela Amara et Xavier Bertrand.

Les thèmes de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de l’emploi, de la deuxième chance seront abordés : apportez vos idées !

Rejoignez l’event Facebook et invitez vos amis !

Echange 1: L’enseignement supérieur,« pourquoi pas moi»?

Echange 2: Une ambition pour tous : quel système scolaire ? Quelle politique pour les ZEP ?

Echange 3: Les succès sont multiples : deuxième chance et pluralité des réussites

Echange 4: Trouver un emploi, la galère?


Plus d’infos sur JeunesUMP.fr

Entretien Daphné Battaglia, directrice d’Attribut Conseils

Dimanche 25 janvier 2009

Daphné Battaglia est la fondatrice et directrice d’Attribut Conseils, cabinet privé de gestion des ressources humaines et de coaching basé à Ris-Orangis.

Attribut Conseils est un cabinet de gestion des ressources humaines et de coaching fondé en 2007. Il emploie trois personnes et fait également appel à des intervenants extérieurs en fonction des missions. Le cabinet propose des prestations payantes à destination des entreprises (bilans de compétences, séances de coaching individuel et collective).

Attribut Conseils est aussi prestataire de l’ANPE et a mis en place une démarche innovante de coaching à destination des jeunes des quartiers difficiles.

Attribut Conseils est habilité par l’ANPE. Il propose des bilans de compétences approfondis et des stratégies de recherche d’emploi aux demandeurs d’emploi sélectionnés par l’ANPE. L’ANPE définit le cadre administratif, puis Attribut Conseils propose une prestation adaptée. Cependant, le contenu est défini par avance par l’ANPE, ce qui est contre-productif : chaque programme en effet devrait être fixé en fonction du groupe (chaque groupe ayant ses spécificités) et des attentes de ses membres. Malgré ces obligations, le cabinet essaie dans la mesure du possible de proposer une prestation adaptée au groupe qu’il suit.

Dans le cadre de la politique de la ville,  Attribut Conseils a été chargé par le préfet délégué à l’égalité des chances de « coacher » des jeunes des cités en recherche d’un emploi. Ce sont des jeunes de moins de 26 ans, sélectionnés par l’ANPE, qui ont souvent subi une mauvaise orientation. Les jeunes demandeurs d’emploi viennent 3 jours par semaine, toute la journée. La prestation englobe 3 dimensions essentielles.

1. dimension personnelle : les freins liés l’emploi, qui peuvent être d’ordre psychologique, et le projet professionnel, souvent très flou ou peu ambitieux… Attribut Conseils les incite à définir leur situation idéale, à viser plus haut que leur objectif de départ. Les jeunes apprennent à s’auto-orienter, à émettre des hypothèses et à tester leur viabilité. Attribut Conseils leur donne des clés de réussite, afin de leur permettre de gérer au mieux leur carrière.

2. dimension environnementale : Attribut Conseils familiarise les jeunes avec le fonctionnement de la société,  les systèmes de la recherche d’emploi et de la formation professionnelle, le monde de l’entreprise, le secteur et le métier visés… Les jeunes deviennent ainsi plus confiants et à l’aise avec les différents mécanismes de recherche d’emploi.

3. dimension « technique », enfin, qui fait appel à des apprentissages : savoir communiquer, s’organiser, développer ses réseaux, développer ses compétences commerciales… Attribut Conseils adopter une démarche d’apprentissage collaboratif, de partage du savoir et des compétences. La recherche d’emploi se fait sur un mode « ludique sérieux ».  Du lundi au mercredi, toute la journée, les jeunes sont affectés à différents services. Le service communication s’occupe des CV et des lettres de motivation. Le service administratif envoie ces curriculum vitae aux entreprises. Le pôle commercial fait de la prospection téléphonique. Enfin, les ressources humaines entraînent aux entretiens, organisent des jeux de rôles pour travailler les points faibles. Les inhibitions sont levées. Chacun travaille pour son compte mais aussi pour le groupe. Cette mise en situation leur permet non seulement de développer les compétences requises par leur poste, mais aussi les comportements professionnels indispensables au travail en équipe en entreprise. Par exemple le groupe communication s’occupe à la fois de la communication interne et de la communication externe (événementiel) : il doit organiser une conférence autour d’un thème, et faire venir des entreprises. Cette simulation permet aux jeunes de développer des compétences tout en recherchant un emploi, notamment par le pôle commercial et les conférences.

Ces trois dimensions sont très liées, c’est ce qu’on appelle le « trèfle chanceux », selon la démarche québécoise ADVP. Attributs Conseil aide les entreprises à définir les profils dont elles ont besoin. Une entreprise exige souvent un diplôme pour occuper un poste. Or, plus qu’un diplôme, c’est d’une compétence dont elle a besoin. Attribut Conseils aide donc les entreprises à ne pas se fonder sur un CV, mais à définir les profils et compétences qui correspondent à leurs métiers. Le cabinet met ensuite en relation les entreprises avec les jeunes qui possèdent le profil demandé. C’est un service gratuit pour l’entreprise ; les sociétés ont tout intérêt à participer à cette démarche, puisque le cabinet leur propose des profils de jeunes qu’il connaît, et qui correspondent à ce qu’elles cherchent.

Attribut Conseils continue, en cas de problème, à suivre le jeune jusqu’à 3 mois après son entrée dans l’entreprise. Si le jeune rencontre une difficulté, le cabinet l’aide à définir un objectif précis qui lui permettra de le résoudre. 8 séances sont organisées pour  trouver une solution.

Le réseau est également extrêmement important. Les jeunes qui participent à ces sessions de coaching bénéficient d’un réseau de 1 500 personnes, mis à disposition par Attribut Conseils.

Cette démarche est un véritable succès, puisque 100% des jeunes qui l’ont suivie ont trouvé un emploi ou sont entrés dans une formation à la fin du coaching. Elle a inspiré le contrat d’autonomie mis en place dans le cadre du plan Espoir Banlieue.

Le cabinet travaille également en partenariat avec les maisons de l’emploi sur un certain nombre de sujet. Il a ainsi sélectionné et préparé aux entretiens des jeunes pour la SNCF et le Centre Commercial de Corbeil.

Attribut Conseils va également mettre en place une plateforme de formation distance. Cette plateforme concernera des personnes ayant déjà suivi une formation avec le cabinet, et se fera en grande partie par le biais d’Internet. Elle est un outil supplementaire de mise en réseau.

Daphné Battaglia considère qu’il y a en France un véritable problème en ce qui concerne l’orientation. Des documents existent, des tests peuvent être réalisés, mais cela ne suffit.  La viabilité de leur projet professionnel n’est pas testée. Dans le cadre des stages, il faudrait davantage travailler sur la dimension personnelle (et pas uniquement sur les dimensions environnementales et techniques) : ne pas seulement interroger l’élève sur les composantes métier de son stage, mais également sur ce qu’il a appris sur lui et sur les liens qu’il fait avec ses apprentissages scolaires.

Il faudrait également organiser davantage de travaux de groupe, en insistant sur les objectifs des travaux demandés, les difficultés qui s’élèvent, les compétences qu’ils permettent de développer. Il faut en effet sensibiliser les jeunes aux compétences qui leur seront utiles en entreprise (réactivité, sens des responsabilités…), leur donner les clés pour les développer.

Entretien Jean-François Veysset, Vice-Président chargé des Affaires sociales de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME)

Jeudi 22 janvier 2009

Points clés

- Adopter une approche locale, territorialisée

- Ne pas généraliser, mais favoriser le développement d’initiatives locales et communiquer sur les bonnes pratiques

- Agir sur les secteurs en tension

- Réformer l’éducation nationale pour favoriser le développement des qualités requises dans une entreprise (esprit d’équipe, se comporter en groupe…) et insister sur le sens du travail

- Mettre en place une UV sociale

- Développer le tutorat d’entreprise

- Favoriser la pré-insertion par l’apprentissage en parallèle d’une rupture avec le cadre de vie (internat d’entreprise via le 1% logement, partenariat avec les acteurs locaux (éducateurs, assistantes sociales…)

- Informer et former les recruteurs RH à la diversité

- Favoriser le développement du recrutement par simulation, qui existe déjà dans certains secteurs (Hôtellerie-Restauration)

- Exonérer de charges fiscales les entreprises recrutant des personnes issues des quartiers difficiles, sous réserve de dégressivité

- Ne pas mettre en place de quotas

- Ne pas instaurer de mesures statistiques des minorités ethniques dans les entreprises

- Encourager la publication de rapports diversité au niveau des grandes entreprises, ou des secteurs en ce qui concerne les TPE et PME, mais non au niveau individuel

- Accompagner la généralisation de la Charte de la Diversité d’une démarche d’accompagnement, de formation et de persuasion

En France, le manque de liens entre les entreprises et les jeunes ne concerne pas seulement les jeunes des quartiers difficiles mais l’ensemble de la population. Il est indispensable de rétablir la communication entre les jeunes et les entreprises, que ce soit au niveau de l’Education Nationale ou par le biais des fédérations (réunions territorialisées organisées par la CGPME…).

Adopter une approche territorialisée

La CGPME est caractérisée par un fort ancrage local. Au niveau des départements, les acteurs sont très engagés pour promouvoir la responsabilité sociétale des entreprises. En revanche, la CGPME a peu de moyens au niveau régional ou national : peu d’actions d’envergure sont mises en œuvre à ce niveau. La mise en place d’une initiative comme Nos Quartiers ont des Talents n’est ainsi pas envisageable.

En revanche, AGEFOS-PME est un outil efficace de financement et de conseil pour la formation professionnelle des PME et de leurs salariés.  AGEFOS organise un certain nombre d’activités afin de sensibiliser les PME à la diversité et les amener à prendre en compte l’environnement dans lequel elles évoluent (petits-déjeuners…).

Agir sur les métiers en tension

Une attention particulière doit être portée aux secteurs en tension (plus de 150 métiers en mai 2008). Un réel problème d’adéquation entre l’offre et la demande est à résoudre, et il est nécessaire d’adapter la population aux emplois dont nous avons besoin. Le service public de l’emploi, et notamment la fusion ANPE-ASSEDIC, participent de cette volonté. La formation tout au long de la vie peut être un outil pour y remédier (outil AGEFOS PME).

Davantage insister sur l’esprit d’équipe, le sens du travail dans les programmes scolaires

Des populations, notamment dans les quartiers difficiles, sont très éloignées de l’emploi. M. Veysset souligne que la normalisation de leur situation passe par l’emploi. En effet, un emploi implique un revenu qui lui-même entraîne l’autonomie de la personne, l’assistanat étant à éviter. La CGPME défend ainsi une révision des programmes scolaires et des supports éducatifs afin de redonner un sens au travail et de valoriser l’entreprise.  Il faut également développer l’esprit d’équipe des jeunes, car dans une entreprise, on a besoin de personnes qui sont aptes à travailler ensemble. Ce sont de telles qualités qu’il faut développer.

Mettre en place une UV sociale

JF Veysset souligne que la mise en place d’une UV sociale serait un bon moyen de valoriser l’engagement des étudiants pour les autres, alors que les bénévoles font souvent défaut.

Développer le tutorat en entreprise

Le tutorat est également à développer car il a de nombreux résultats positifs. Il permet de gommer 80% des ressentis négatifs d’un travail (stress etc). La CGPME, avec l’accord des syndicats de salariés, développe le tutorat pour tout recrutement dans une nouvelle entreprise (et non seulement pour les apprentis). Ce système fonctionne très bien, à condition que les frais induits soient imputés dans les coûts de formation tout au long de la vie.  Il est également indispensable que les tuteurs soient des volontaires. Concernant les stages, il est important que le stagiaire ait un tuteur tout au long de son stage qui lui permette d’évoluer au sein de l’entreprise.

Ne pas généraliser mais favoriser le développement d’initiatives locales et communiquer sur les bonnes pratiques

Certaines CGPME (Nord Pas de Calais, Rhônes Alpes, Marseille) ont incité leurs entreprises adhérentes à prendre des stagiaires issus des quartiers difficiles. Ces initiatives sont un succès, mais la raison de leur succès réside en grande partie dans le fait que ces démarches sont territorialisées.

JF Veysset souligne en effet que toute généralisation est mauvaise par principe. Il faut permettre aux initiatives locales de se développer, et communiquer autour des expérimentations réussies. Les réalités régionales sont trop disparates pour imposer des normes nationales, qui brident les initiatives locales. Ainsi au sein de la CGPME des thèmes sont définis au niveau national, puis les échelons départementaux ont la responsabilité de les adapter à leur niveau.

Informer et former les recruteurs RH à la diversité

Il est possible de former à la diversité les jeunes qui commencent des formations de RH. Il est également possible d’informer et de former ceux qui exercent déjà ce métier. La CGPME a ainsi un institut de formation sociale et propose d’inclure des aspects sociaux (diversité…) dans ces formations.

Les chefs de file sont aussi réunis à diverses occasions afin d’en faire les relais de messages sur la diversité. Ces démarches bénéficient d’abondements financiers ou d’aides de l’Etat.

Favoriser le recrutement par simulation

Le recrutement par simulation existe déjà dans un certain nombre de secteurs, notamment dans l’hôtellerie-restauration.  Ce système est particulièrement pertinent pour les secteurs en tension, car il permet de recruter des personnes n’ayant pas les qualifications adéquates mais présentant des prédispositions leur permettant d’acquérir rapidement les requis indispensables à l’exercice de la profession.

Faciliter la mesure statistique des minorités ethniques par les entreprises est irréaliste

De même que le CV anonyme, cette mesure ne correspond pas à la vision de la CGPME. Ces mesures n’amélioreront en rien la situation, et peuvent au contraire constituer des freins à l’intégration des minorités.

Ne pas imposer de quotas

De plus, il ne faut surtout pas imposer de quotas. Il faut inciter et encourager, afficher des sanctions étant contre productif.

La démarche de l’ESSEC est à privilégier. Elle s’inscrit dans un contexte particulier, lié à son environnement (Cergy). Des lycées détectaient en effet des jeunes ayant du potentiel, mais ne pouvant le développer. La mise en place d’une expérimentation de ‘grand frère ‘ a révélé un besoin.  Grâce à un accompagnement réalisé par des étudiants, les élèves ont pu développer leurs compétences et poursuivre leurs études.

La démarche de SciencesPo a eu des résultats certains, mais une telle initiative ne peut être que limitée. SciencesPo doit servir d’exemple pour la mise en place d’autres démarches favorisant la diversité au sein des établissements d’éducation supérieure.

Charte de la diversité : formation et accompagnement indispensables à toute volonté de généralisation

Le développement de la Charte de la diversité ne peut avoir lieu qu’accompagnée d’un certain nombre d’exigences et de rigueur. Actuellement, il y a souvent un excès de laxisme qui conduit à l’échec. Sous prétexte de diversité, il ne faut pas abandonner les exigences par rapport aux attitudes et aux comportements attendues dans toute entreprise, et tolérer un laxisme néfaste à l’activité de l’entreprise.

En conséquent, le développement de la charte de la diversité ne peut se faire sans accompagnement, sans formation et sans explication (convaincre les entreprises)

Bien fondé du dispositif « défense 2° chance »

Le dispositif « défense deuxième chance », qui vise l’insertion professionnelle de jeunes de 18 à 21 ans en difficulté scolaire et sociale grâce à une formation comportementale, scolaire et professionnelle dispensée en internat est une bonne démarche. En effet, de nombreux jeunes aspirent à l’autorité, la rigueur, la discipline, auxquels ils sont confrontés dans ces centres. De plus, ces centres permettent d’éloigner les jeunes de leur environnement.

Accompagner la pré-insertion par l’apprentissage d’une rupture avec le cadre de vie

L’apprentissage dans les entreprises ne sera un succès que si les jeunes sont sortis de leur milieu

De nombreuses initiatives échouent en effet quand les jeunes ne sont pas sortis de leur milieu. La pré-insertion par l’apprentissage dans les entreprises est ainsi souvent un échec, car les jeunes subissent encore l’influence de leur environnement. IL faut des cellules intermédiaires qui permettent d’aller progressivement vers la normalisation.

JF Veysset propose ainsi la création d’internats d’entreprises, qui pourraient être financés grâce au 1% logement. Sinon, en fonction des cas, cette insertion par l’apprentissage pourrait être réalisée dans un environnement proche, avec l’accompagnement des assistantes sociales, avec l’appui des ressources du quartier (éducateurs etc).

La CGPME est pour exonérer de charges fiscales pendant les 6 premiers mois les entreprises qui recrutent des personnes issues des quartiers populaires

La CGPME préconise que la diversité et les efforts des entreprises dans ce domaine soient plus souvent pris en compte : le temps dédié à ces missions n’est pas utilisé à produire.

Cependant, ces dispositifs d’exonération doivent être dégressifs.

La publication d’un rapport diversité dans le rapport annuel ne peut concerner que les grandes entreprises

Les PME n’ont pas les moyens de réaliser une telle démarche. Elles ne sont, à la différence des grandes entreprises, pas en mesure d’identifier leurs besoins en main d’œuvre à plus ou moins long terme. De tels rapports seraient trop contraignants. Souvent, les besoins sont chiffrés par secteur, mais non au niveau des entreprises. S’il n’est pas possible d’agir au niveau individuel, il est possible, via des obligations ou des incitations, d’adopter des mesures dans le cadre de la mutualisation.

Entretien avec Bénédicte Madelin, Directrice de Profession Banlieue :

Vendredi 26 décembre 2008

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Bénédicte Madelin à Saint Denis, dans les locaux de Profession Banlieue. Cette association est un centre de ressources pour la politique de la ville. Son objectif est d’accompagner les professionnels qui conduisent des projets de développement des territoires, de lutter pour l’égalité et contre les discriminations, et de réfléchir aux enjeux que rencontreront les banlieues demain (le vieillissement dans les quartiers, les nouvelles formes de violence, etc…). Nous avons abordé plusieurs questions avec Mme Madelin.

Le manque d’expérience dans la fonction publique en Seine Saint Denis

Mme Madelin constate chaque jour que les fonctionnaires de l’éducation nationale ou de police qui sont envoyés en Seine Saint Denis sont encore en grande majorité jeunes et inexpérimentés alors que c’est justement une zone où les métiers de professeur ou de policier sont les plus difficiles ! En Seine Saint Denis, 50% des enseignants dans les secteurs les plus difficiles sont débutants ou ont moins de deux ans d’ancienneté dans leur poste ou moins de 30 ans. En 2002, la moyenne d’âge des policiers était de 27 ans dans le département !

La peur des jeunes des quartiers populaires de sortir de leurs banlieues

Mme Madelin nous a également expliqué que certains jeunes des banlieues (notamment les garçons) se sentaient « assignés à résidence » dans leurs quartiers et appréhendaient d’en sortir à cause d’un sentiment de rejet. Ils ont l’impression d’être sans cesse regardés comme des délinquants potentiels à l’extérieur.

La carte universitaire en Ile de France

Ce sentiment d’être assignés à résidence est amplifié par le fait, par exemple, qu’ils ont beaucoup de difficultés pour aller dans d’autres universités que Paris 8 ou Paris 13.

Le busing, les places d’internat ou les classes d’élite : réfléchir aux contre effets

Le busing n’a pas bien fonctionné pour l’instant. Il crée des tensions entre familles du centre ville et familles des quartiers.  Même si l’idée peut paraître louable, les résultats ne sont pas au rendez vous.
Mme Madelin nous a aussi parlé d’une classe européenne qui avait été mises en place dans un collège de Zep par un principal dynamique. Immédiatement, tous les bons élèves du collège voisin, également en  ZEP, sont allés dans cette classe européenne. Leur ancien collège n’avait plus de bons élèves, de tête de classe, et la situation a complètement explosé dans ce lycée. Il faut donc toujours penser aux contre effets d’une intention louable.

La nécessité de travailler en collaboration avec les associations et se faire travailler les associations ensemble

A Montréal, toutes les associations qui interviennent sur un territoire se rencontrent et débattent régulièrement dans  « une table de concertation ». On pourrait mettre la même chose en place en France.
La culture du résultat dans les associations n’est pas choquante en soi puisque l’argent investi dans ces associations est souvent de l’argent public, mais cela ne doit pas aller contre les objectifs des associations, de solidarité et de cohésion sociale.

Les grandes écoles et la diversité

Beaucoup de grandes écoles cherchent aujourd’hui à se donner une bonne conscience en adoptant des projets de diversité sociale sans réelle volonté de faire bouger les lignes car leur vision du monde n’a pas changé. Il faut que les grandes écoles comprennent la richesse que peut représenter la jeunesse des quartiers populaires.

Entretien avec Akli Mellouli, membre du Conseil National du Parti Socialiste, et Adjoint au maire de Bonneuil-sur-Marne

Mardi 2 décembre 2008

Nous avons eu la chance de rencontrer Akli Mellouli, qui nous a fait part de ses positions sur les problèmes qui touchent à la mobilité sociale des jeunes issus des quartiers populaires.

Son premier conseil, c’est d’éviter un éceuil, celui de tomber dans la stigmatisation ou le misérabilisme. Les clichés du type «  les jeunes de banlieue sont tous sous qualifiés «  doivent être bannis. Et c’est notre rôle aux Pépites de la Nation, de mettre en avant tous les jeunes des banlieues qui réussissent déjà aujourd’hui. Ils sont très nombreux.

Il y a cependant de vrais problèmes dans les quartiers populaires. Les jeunes des banlieues sont souvent considérés comme des candidats «  à risque » par les recruteurs, dont la mission est justement de minimiser le risque pris lors d’un recrutement. Akli, qui est un pragmatique, propose donc de permettre aux entreprises de tester les candidats pendant dix jours avant de les recruter de manière définitive. Concrètement comment cela se passerait ? L’ANPE enverrait quatre candidats pour un même poste à un employeur, celui-ci testerait chacun des candidats pendant dix jours, et à l’issue de cette période, il en choisirait un. L’idée, c’est de permettre aux jeunes de banlieues de faire leur preuve comme les autres. On est complètement dans la recherche de l’égalité des chances. Derrière cette proposition, il y a aussi la volonté de montrer que le recrutement des jeunes issus des quartiers populaires ne doit en aucun cas être vu comme une action « sociale » pour se donner bonne conscience. Au contraire, les recruteurs se rendront ainsi compte que les jeunes des quartiers populaires sont aussi performants - voire plus – que les autres, et qu’il est donc dans leur intérêt économique d’en recruter d’avantage.

La discrimination positive sur base ethnique, n’y pensons même pas ! Comment va réagir Paul, le voisin de Mohammed en banlieue si, pour un emploi, on prend Mohammed plutôt que Paul parce qu’il est beur ? Un tel système créerait des tensions fortes en France et risquerait de favoriser la résurgence de l’extrême droite, du racisme etc…

Sciences Po, c’est une expérience intéressante, mais est-ce vraiment républicain de proposer deux concours pour deux populations différentes ? Il faut analyser avec précision les effets secondaires et s’assurer que ce type de système soit temporaire.

La proposition de ZFU inversées (une entreprise qui embauche beaucoup de personnes résidant dans les quartiers populaires se verrait attribuer des exonérations fiscales) lui semble intéressante même si elle nécessite d’être chiffrée pour comprendre si les bénéfices d’un tel dispositif justifieraient son coût.

La construction de lycées d’internat en banlieue est une idée qui lui semble également intéressante et qu’il faudrait creuser.

Entretien Bernard Hugonnier, Directeur adjoint pour l’éducation à l’OCDE

Mardi 2 décembre 2008

Le 21 novembre, les Pépites de la Nation ont rencontré Bernard Hugonnier, directeur adjoint pour l’éducation à l’OCDE.

La France est caractérisée par une homogénéité sociale au sein des établissements, et une très grande hétérogénéité entre ceux-ci. Or, si une très forte hétérogénéité au sein d’une institution (école, entreprise…) représente un atout et une richesse pour celle-ci, à l’inverse, une telle hétérogénéité entre institutions représente un handicap.

Plusieurs pistes ont été envisagées pour remédier à cette situation :
la carte scolaire, le busing et les vouchers.

La carte scolaire aboutit à maintenir une mixité sociale existante. En revanche, dans les endroits où la mixité sociale n’existe pas, elle ne fait qu’aggraver la situation. Les plus informés et aisés arrivent en effet à la contourner, creusant les inégalités au sein de la population. Il faudrait donc supprimer la carte scolaire, en la maintenant éventuellement dans les lieux où une certaine mixité sociale existe déjà.

Le busing est très controversé, et impossible à mettre en place. En Europe, sa finalité est d’amener des élèves de la périphérie, où les conditions de vie sont dégradées, vers le centre ville, afin d’améliorer la mixité sociale au sein des établissements. S’il peut marcher dans un sens, l’inverse est impossible : comment inciter des élèves de classe favorisée à aller étudier dans les quartiers en difficulté? Aux Etats – Unis, ce système est quasi abandonné. Une grande résistance a eu lieu, une loi et la police ont du intervenir, sans succès.

Les vouchers ou « parental choice » répondent à l’objectif « no child left behind ». Certaines écoles affichent de très mauvais résultats. Afin d’y remédier, deux options sont envisagées : fermer l’école (ce qui semble totalement absurde), ou mettre en place des vouchers permettant aux élèves d’aller dans une meilleure école. Mais ce système suppose que d’autres écoles existent dans les environs, et aient une capacité d’accueil suffisante pour ces nouveaux élèves. En réalité, cette mesure accélère la ségrégation sociale, car elle ne bénéficie qu’aux familles qui voient l’éducation comme un investissement et qui ont une bonne information sur le système scolaire.
La fusion entre deux écoles de niveau différent est une solution à envisager. L’unification de deux écoles à Brest a bénéficié à tous les élèves, et la performance du nouvel établissement a été fortement améliorée.

Une réforme de l’éducation seule ne suffit pas.
Elle n’aura de succès que si elle est articulée avec des mesures en matière de politique d’urbanisme et de politique du logement.

La constitution de barres dans les années 1970 a conduit à une véritable ségrégation résidentielle. Les habitants de ces quartiers qui réussissent cherchent en conséquent à en sortir, ce qui contribue à isoler davantage ces banlieues.
L’objectif de 20 % de logements locatifs sociaux dans les communes fixé par la loi SRU du 13 décembre 2000 visait à favoriser la mixité sociale dans les communes. Cependant, certaines communes préfèrent payer l’amende plutôt que de construire des logements sociaux, et les riverains opposent une forte résistance. Mais ces mesures permettent aux enfants habitant ces logements sociaux d’aller dans les écoles du quartier, dont la diversité se trouve accrue.

Les initiatives adoptées par des associations ou des Grandes Ecoles ne doivent pas se substituer à l’Etat

L’ensemble des initiatives mises en place par des associations ou des Grandes Ecoles ont des objectifs louables : favoriser l’égalité des chances et la méritocratie. Elles ne permettent pas cependant de remédier aux carences du système éducatif, qui doit être réformé en profondeur. De plus, des initiatives comme PQPM ou les Conventions d’éducation prioritaire à Sciences Po partent du principe que tout le monde veut faire une grande école. Or, ce n’est pas le cas dans les banlieues, où un véritable déni de l’école existe. L’école y est perçue comme une source d’exclusion, et est donc rejetée. Il faut donc donner aux jeunes envie d’étudier, en réformant le système éducatif.
De plus en plus d’associations organisent, sur la base du bénévolat d’étudiants, du coaching d’élèves en ZUS. Ce tutorat ne peut être généralisé : être professeur est un véritable métier, qui exige des compétences et des méthodes que tous les étudiants n’ont pas. De plus, de telles initiatives fonctionnent pour des élèves qui ne sont pas trop éloignés du système scolaire.

Réformer l’éducation : enseigner par petits groupes des programmes simplifiés, adaptés et multiculturels

Une réforme de l’éducation est indispensable. L’éducation est en effet la clé de la croissance, et ces bénéfices sont bien connus. Le coût des réformes engagées serait bien moins élevé que le coût du chômage et de la dépendance entraînés par un système éducatif défectueux. Il faut s’attaquer au problème à sa source, afin d’éviter que 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.
Il faut donner plus d’autonomie aux écoles, afin qu’elles puissent s’adapter à leur situation et au profil des élèves qui les composent. En parallèle de cette autonomie accrue, la direction des établissements scolaires doit être réformée, afin que les décisions soient prises par des instances collégiales.
-    Simplifier les programmes
Les élèves sont découragés par des programmes pléthoriques. S’il est indispensable d’avoir un socle commun (Français, mathématiques, histoire-géographie…), il faut augmenter le nombre d’options pour répondre aux goûts des élèves. L’école doit aboutir au développement personnel des élèves, et non à leur exclusion. En dehors du socle commun, la simplification des programmes serait réalisée par le collège de direction de l’école, en fonction de sa situation et de ses besoins.
-    Adapter les programmes
Les programmes scolaires doivent prendre en compte le multiculturalisme de la société française. Les références à « nos ancêtres les Gaulois » ne parlent pas aux élèves issus de l’immigration, qui se sentent rejetés par le système scolaire. Des références à leurs pays d’origine doivent être intégrées dans les programmes. Un enseignement commun à tous, enrichi de références culturelles prenant en compte l’origine des enfants, permettrait de diminuer l’ignorance et l’incompréhension mutuelles qui peuvent exister entre cultures différentes. La France pourrait s’inspirer en ce sens du modèle multiculturel canadien. Penser que le multiculturalisme conduit au communautarisme est totalement erroné. Il permet au contraire d’améliorer l’intégration de l’ensemble des citoyens. Modifier la formation des maîtres, pour une meilleure prise en compte du multiculturalisme des élèves et de leurs difficultés, semble ainsi indispensable.
-    Diminuer les effectifs des classes
Les élèves en difficulté doivent pouvoir bénéficier d’un véritable suivi, en bénéficiant de classes à effectif réduit. Le succès du soutien scolaire par petits groupes mis en place par X. Darcos montre le bienfondé de cette démarche. Il faudrait ainsi nommer davantage de professeurs en ZUS.

Enfin, supprimer le service militaire a été une erreur, car les jeunes y apprenaient à vivre en société et à accepter les différences. La mise en place d’un service civil pourrait être une solution, mais il ne fonctionnerait que s’il était obligatoire.
Les centres éducatifs fermés sont un succès : même les enfants les plus difficiles demandent à ce que leur période de six mois soit renouvelée. Ils se révèlent en effet à eux-mêmes, et ne veulent plus rentrer dans leur environnement d’origine. Cependant, leur généralisation semble difficile, du fait notamment de leur coût.

Daniel Laurent ,directeur des études de l’Institut Montaigne et conseiller scientifique du Président du Conseil de surveillance d’AXA

Jeudi 27 novembre 2008

Le 12 novembre 2008, les Pépites de la Nation ont rencontré Daniel Laurent, directeur des études de l’Institut Montaigne et conseiller scientifique du Président du Conseil de surveillance d’AXA. Daniel Laurent est particulièrement investi sur les problématiques de mobilité sociale des jeunes des banlieues par l’éducation et par l’emploi. Il a notamment participé aux publications « Ecoles primaires en ZEP : faire plus et différemment », et « Favoriser la diversité sociale dans les Grandes Ecoles ».

Autonomie de l’école primaire

Daniel Laurent souligne l’importance de l’éducation, et notamment du primaire, où de profondes inégalités existent. Les situations et les besoins des écoles étant disparates, une directive de l’éducation nationale n’améliorerait pas la situation : un accompagnement éducatif de deux heures peut être suffisant dans certaines écoles primaires, mais non dans d’autres. Il faut au contraire augmenter l’autonomie des établissements scolaires, afin qu’ils puissent s’adapter aux réalités locales. L’institut Montaigne propose ainsi la mise en place d’établissements publics d’enseignement primaire, regroupant une ou plusieurs écoles primaires, et bénéficiant d’une complète autonomie pédagogique, administrative et budgétaire. Or, suite à des blocages politiques, le décret d’application de l’article 86 de la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, permettant la création de tels établissements, n’a toujours pas été publié par le ministère de l’Education nationale.

Importance du coaching et du parrainage

Daniel Laurent souligne l’importance du coaching et du parrainage. Un partenariat a ainsi été mis en place avec un collège du Val-Fourré (informellement par l’Institut Montaigne). Les meilleurs collégiens sont sélectionnés en 3°, et envoyés dans les meilleurs lycées de la région parisienne (lycée Hoche de Versailles ; lycée Janson de Sailly à Paris). Cette démarche leur permet d’avoir ensuite accès aux plus prestigieuses classes préparatoires aux grandes écoles et d’apprendre les codes culturels indispensables à leur réussite. Environ deux collégiens, sélectionnés par leurs professeurs, bénéficient chaque année de ce dispositif.
Accès des jeunes aux classes préparatoires et à des études supérieurs longues
Afin d’améliorer l’accès des lycéens de ZUS aux classes préparatoires aux grandes écoles, qui se situent souvent loin de l’habitat des lycées, il est nécessaire d’augmenter le nombre de places disponibles dans les Internats publics, qui sont actuellement saturés. Il faudrait également moduler les frais d’inscription en fonction des revenus des parents, comme cela à été mis en place au lycée Sainte – Geneviève de Versailles.
D’autres initiatives existent afin de permettre à des élèves méritants d’avoir accès à des études supérieures longues ou prestigieuses. L’association « Promotion des Talents », créée en février 2005, répond de cette volonté. Elle fournit des bourses aux bacheliers, issus d’un milieu social modeste, titulaires d’une mention Bien ou Très – Bien. Depuis sa création, 76 bacheliers ont bénéficié de ces bourses, financées par une vingtaine de grandes entreprises.

Diversification des voies d’accès aux formations élitistes

Il est nécessaire de diversifier les voies d’accès aux Grandes Ecoles et formations élitistes et d’élargir les critères de recrutement pour favoriser la diversité sociale au sein de ces établissements. Cela existe dans les Universités américaines ou à Sciences Po Paris. Si des voies d’accès différentes peuvent être mises en place, il est en revanche crucial que l’ensemble des étudiants soient soumis aux mêmes épreuves de sortie leur permettant d’avoir leur diplôme, afin d’empêcher la naissance de sentiments d’injustice chez les personnes ne bénéficiant pas de tels programmes.
Responsabilisation des chefs d’établissements par rapport à l’orientation et l’information
L’information et l’orientation constituent des éléments majeurs de discrimination. Il est nécessaire de faire de l’orientation une responsabilité des chefs d’établissement. Il faut également améliorer l’égalité des chances en matière de stages, en rendant le chef de l’établissement responsable de la recherche de stages. Celle-ci pourrait être externalisée, afin de permettre une mise en adéquation de l’offre et de la demande de stage, en dehors de tout critère extérieur. Enfin, les secteurs en tension ne doivent pas être oubliés dans la problématique de l’orientation : 500 000 entreprises sont ou vont être à reprendre dans l’artisanat, plus important employeur de France. Il est donc nécessaire de sensibiliser les élèves à ces perspectives d’emplois.

Diversité sociale au sein des entreprises

Les actions visant à favoriser la diversité sociale dans les entreprises doivent être mises en place au niveau des services : ce sont eux qui recrutent et c’est à leur niveau qu’ont lieu les discriminations. On remarque aussi que les minorités sont souvent cantonnées aux métiers d’expert au sein des sociétés. Il est ainsi nécessaire d’améliorer leur accès à des postes managériaux, pour ne pas favoriser le développement de sentiments de frustration, et éviter des départs à l’étranger.

Entretien avec Isabel Jubin

Dimanche 23 novembre 2008

Le vendredi 7 novembre, nous avons rencontré Isabel Jubin, Directeur du Lycée Sainte Geneviève, un établissement privé de classes préparatoires aux grandes écoles. Nous souhaitions comprendre quels étaient les principaux obstacles à l’entrée des élèves de ZEP en classes préparatoires et discuter avec Mme Jubin des initiatives concrètes qu’elle avait mises en place dans son établissement pour lever ces obstacles.

I.    Les barrières à l’entrée des élèves de ZEP en classes préparatoires

Mme Jubin distingue trois principales barrières à l’entrée des élèves de ZEP en classes préparatoires aux grandes écoles:

1.    Une barrière financière: Les études supérieures coûtent encore cher (notamment les grandes écoles de commerce, ou bien les classes préparatoires privées etc…); et beaucoup de parents de ZEP ne peuvent payer ces études à leurs enfants.

2.    La barrière de l’autocensure: Beaucoup d’élèves des banlieues s’autocensurent, c’est-à-dire refusent même d’imaginer une classe préparatoire. Cette autocensure provient notamment d’un manque d’information sur les classes préparatoires. Elle vient à la fois des élèves des ZEP, mais aussi parfois de leurs enseignants, de leurs conseillers d’orientation, et de leurs parents. Cette autocensure est particulièrement forte chez les filles des ZEP.

3.    La barrière culturelle: Les élèves des ZEP n’ont pas toujours le bagage culturel, littéraire, linguistique nécessaire pour réussir une classe préparatoire. Beaucoup ne sont jamais allé à l’opéra ou au théâtre. Ce handicap est particulièrement pénalisant pour les élèves des banlieues qui voudraient faire des classes préparatoires aux grandes écoles de commerce. C’est la raison pour laquelle les jeunes issus des quartiers populaires qui vont en classes préparatoires choisissent principalement les voies scientifiques.

II.    Les initiatives du Lycée Sainte Geneviève pour lever ces barrières à l’entrée

Le Lycée Sainte Geneviève a mis en place plusieurs initiatives pour lever ces barrières à l’entrée.

Il a tout d’abord choisi un mode de financement solidaire pour lever la barrière financière: les familles paient en fonction de leurs revenus à partir du calcul du quotient familial (avec tout de même un prix plancher et un prix plafond de la scolarité)

Les familles qui ont des difficultés peuvent bénéficier d’aides supplémentaires:

  • Des prêts sur l’honneur à taux 0 remboursables dans 8 ans
  • Des aides d’une caisse de solidarité alimentée par les familles des élèves qui souhaitent participer à l’effort de solidarité du Lycée et celles qui sont reconnaissantes des succés obtenus l’année des concours
  • Deux bourses offertes par une banque qui permettent de payer l’intégralité de la scolarité de deux  élèves
  • Plusieurs bourses offertes par la Fondation HEC qui permettent de financer l’intégralité de la scolarité des élèves dont les familles sont les plus en difficulté dans cette voie commerciale

Concrètement, un élève dont la famille n’aurait pas les moyens de lui financer une scolarité en classe préparatoire au Lycée Sainte Geneviève peut bénéficier de suffisamment d’aide pour que le problème financier n’en soit plus .

Mme Jubin est rentré dans le nouveau programme des “Cordées de la Réussite ” labelisées par le Ministère . Une” Cordée de la Réussite”, c’est un partenariat entre une grande école, un lycée de classe préparatoire, et deux ou trois lycées de ZEP qui n’ont pas l’habitude d’envoyer des élèves en classe préparatoire. Les lycées de ZEP sélectionnent les meilleurs et les plus motivés de leurs élèves dès la seconde et leur proposent de rejoindre ces Cordées. Ils les sélectionnent sur trois critères: leur motivation, leurs résultats scolaires et leur potentiel. Un aprés-midi par semaine, ces élèves bénéficient de cours de mathématiques et de culture générale supplémentaires, de stages de langue, on les emmène au théâtre, à l’opéra etc…

Ce sont les étudiants de la grande école partenaire et certains professeurs de la classe préparatoire qui dispensent ces formations et organisent ces activités, parfois au sein même du lycée de classe préparatoire ou de la grande école afin de démystifier la classe préparatoire et la grande école auprès de ces élèves. L’idée est aussi de rencontrer les parents de ces élèves pour les inciter à développer l’ambition de leurs enfants et les informer des possibilités d’orientation pour leurs enfants et de l’existence de différentes bourses.

La grande école propose par l’intermédiaire du Ministère , un financement au programme de la Cordée ainsi que quelques bourses pour les élèves de la Cordée qui souhaiteraient rejoindre la classe préparatoire. Le lycée Sainte Geneviève met place ces Cordées de la Réussite avec HEC et Centrale notamment, et avec des lycées du 93 comme ceux de Bobigny , Montreuil et Mantes la jolie.

Entretien avec Laurence Piccinin

Samedi 22 novembre 2008

Cet après-midi, nous avons eu le plaisir de rencontrer Laurence Piccinin. Laurence dirige Frateli, une association qui organise le parrainage d’étudiants brillants issus des quartiers populaires par des jeunes professionnels.

Les étudiants qui participent à ce programme sont sélectionnés sur des critères académiques (mention bien ou très bien au baccalauréat) et sur des critères sociaux (boursiers d’État). Les parrains sont de jeunes professionnels (de 25 à 40 ans en moyenne)  qui ont étudié dans une grande école ou une filière sélective  et qui ont accédé à des responsabilités élevées dans leur domaine professionnel (entreprises, entreprenariat, haut fonctionnariat, enseignement supérieur)

Le parrain s’engage à :

  • Favoriser la réussite académique du filleul en prodiguant des conseils de méthode
  • Procurer un soutien moral en donnant confiance au filleul souvent placé dans un contexte socio-culturel et académique nouveau et différent
  • Informer et conseiller le filleul sur les orientations académiques et leurs implications professionnelles
  • Favoriser son insertion professionnelle, y compris en l’aidant à préciser son projet, à trouver un stage ou un emploi

Au delà du parrainage, différents services sont aussi proposés aux étudiants filleuls, comme des ateliers pour les former notamment aux entretiens de recrutement ou leur transmettre les codes sociaux ou des visites conférences dans certains grands musées de Paris et  la possibilité de s’y rendre gratuitement dès qu’ils le souhaitent.

Aujourd’hui, Frateli parraine 210 étudiants issus pour la majorité des académies de Versailles et de Créteil et étend son dispositif en province pour parrainer 400 étudiants après le bac 2009.

Pour plus d’information :

www.frateli.org
Contact : contact@frateli.org ou tél : 01 40 16 96 79

Audition de Slimane HADDADJ

Jeudi 6 novembre 2008

Qui est-il ?
Monsieur Slimane HADDADJ est Maître de conférences à l’IAE de Lilles et enseigne l’économie en Ecole de Commerce.
Il a été co-fondateur de La Diagonale, « les Sarkozystes de Gauche », cercle de réflexion né au moment des élections présidentielles. La Diagonale n’ayant pas vocation à être un parti politique a périclité en mars 2008 pendant les élections municipales.
Il est trésorier de Gauche Moderne de Paris.

Quels sont vos propositions pour révolutionner la mobilité sociale ?
Il faut nécessairement réduire l’écart entre les différentes filières, c’est le cas par exemple entre les filières techniques et les fières scientifiques. Nous avons en France une vision élitiste qui se construit sur des parcours particulier. Le poids du milieu social est souvent un frein. C’est une carence à compenser en permanence.
Selon Slimane HADDADJ, il faudrait instaurer des cours de soutien obligatoires ce qui permettrait d’éradiquer les difficultés scolaires en bas âge.
Il faudrait revenir à un système professionnalisant où chaque parcours aurait sa place, un système un peu à l’américaine ou la vraie richesse est la compétence de chacun.
L’éducation nationale ne doit plus laisser les jeunes de 16 ans en dehors du système. L’Etat doit faire en sorte que chaque jeune sorte du cursus scolaire avec un diplôme qui pourrait une reconnaissance d’acquis.

Développer les filières universitaires en prenant en compte la compétitivité du marché et des métiers.
-Il faut créer des passerelles qui permettraient de passer d’un métier à l’autre (en termes de compétences). Il faut crée une structuration par rapport à des compétences techniques particulières.
-Nécessité de valoriser les métiers manuels.
- 50% des métiers sont différents ou le seront dans les 10ans à venir, il faut donc adapter la mobilité professionnelle.

L’exode.

Mouvement vers les grandes villes. Il faut savoir qu’il y a une culture différente selon les banlieues, les structures culturelles, politiques ou sociales différent d’une banlieue à l’autre.
Les banlieues sont des zones d’immigration dans l’histoire qui ne sont évidement pas les mêmes en fonction de l’endroit où l’on se trouve sur le territoire.

Une identité banlieue.

Elle a émergée dans un mouvement contestataire.
L’image de la banlieue est devenue une vraie identité, c’est la reproduction du modèle coloniale qui s’est reproduit dans les banlieues. Petit à petit s’est développer dans les banlieues une conscience, les banlieues se sont organisées et ont créer leur langage, leur codes, leur musique (révoltes).
Le fait que l’on parle de la banlieue, même de manière négative intéresse les jeunes de banlieue car ce qui importe c’est que l’on parle d’eux.

Sur la nécessité d’une politique de banlieue.
Il faut nécessairement une politique pour la banlieue tout en prenant compte des disparités en fonction de la banlieue. En effet, il y a des banlieues ouvrières mais aussi des banlieues bourgeoises. Il faut donc rattraper ce retard entre les banlieues.
Une politique doit être faite sur la durée, c’est 25 ans de travail. Il faut « éduquer  les parents» qui « transmettront » à leurs enfants.

Pour ce faire, il est indispensable d’écouter la banlieue, de comprendre ses attentes et enfin analyser ce que nous sommes capables de lui apporter. La solution n’est pas toujours financière, ce n’est pas toujours un terrain de foot. Peut-être que la volonté des jeunes est d’avoir un terrain de foot sur lequel ils pourront évoluer ?

Il y a dans nos banlieues un sentiment de manque de reconnaissance.
La banlieue n’est pas une multiplication d’événements
Pour nous réconcilier avec nos banlieues, il faut nécessairement faire un travail de processus historique (Mea culpa). Il faut reconnaître que nous nous sommes trompés dans les banlieues et s’en excuser (Devoir de mémoire).  La justice commence au moment où l’on reconnaît son erreur.
Nous devons pouvoir transcender les partis politiques, l’enjeu n’étant pas de faire mieux que son prédécesseur mais de travailler au mieux être des habitants de nos banlieues


Sur la discrimination positive.

Tout le travail entrepris dans les ZEP n’est pas suffisant car il  concerne seulement un élément du système, il faut agir sur l’ensemble, sur la globalité du système.
La discrimination positive peut être une solution à cours terme au risque de créer une nouvelle discrimination à l’égard de ceux qui ne pourrons en bénéficier. Un vrai débat doit être instauré sur la nécessité de crée des quotas.

En banlieue, il faut des symboles mais cela ne suffira pas, il faut des réalités, des actions qui montrent que tout est possible. « C’est la réalité qui fait le rêve ».

Casser les cultures élitistes.
Il faudrait se placer dans une logique de masse. La question qui se pose est celle de savoir si aujourd’hui le système d’éducation nationale de la République Française a-t-il la capacité d’une intégration de masse? Plus on fait des études et moins au devrait avoir de chances d’être au chômage.
C’est par l’éducation que l’on pourra casser certaines images. Il faudrait mettre sur pieds des réseaux de partenariats économiques pour lutter contre les discriminations. Nous devons nous appuyer sur des réseaux capitalistiques (compétences).
La banlieue forme à la réalité quotidienne, c’est une vraie richesse humaine.

La carte universitaire.
C’est surtout l’image de l’université qui est en cause, quelque soit le lieu d’études l’étudiant en sortant doit pouvoir travailler.
Ex : Un même professeur peut enseigner à Assas et à Saint-Denis, mais l’image de l’Université de Saint-Denis est telle que l’on à tendance à penser que le diplôme est »moins bon ».

Il faut globaliser les ressources, les universités. Permettre une vraie mobilité des professeurs d’une université à l’autre mais aussi des étudiants. Il faudrait également regrouper les diplômes.

Lutter contre le communautarisme religieux.
Il faut lutter contre les corporatismes religieux quel qu’ils soient. Il vaut mieux que les gens se réunissent autour d’un projet économique, d’un projet d’avenir qu’autour d’idéaux religieux excluant ceux qui n’adhèrent pas à la religion en question.