Points clés
- Adopter une approche locale, territorialisée
- Ne pas généraliser, mais favoriser le développement d’initiatives locales et communiquer sur les bonnes pratiques
- Agir sur les secteurs en tension
- Réformer l’éducation nationale pour favoriser le développement des qualités requises dans une entreprise (esprit d’équipe, se comporter en groupe…) et insister sur le sens du travail
- Mettre en place une UV sociale
- Développer le tutorat d’entreprise
- Favoriser la pré-insertion par l’apprentissage en parallèle d’une rupture avec le cadre de vie (internat d’entreprise via le 1% logement, partenariat avec les acteurs locaux (éducateurs, assistantes sociales…)
- Informer et former les recruteurs RH à la diversité
- Favoriser le développement du recrutement par simulation, qui existe déjà dans certains secteurs (Hôtellerie-Restauration)
- Exonérer de charges fiscales les entreprises recrutant des personnes issues des quartiers difficiles, sous réserve de dégressivité
- Ne pas mettre en place de quotas
- Ne pas instaurer de mesures statistiques des minorités ethniques dans les entreprises
- Encourager la publication de rapports diversité au niveau des grandes entreprises, ou des secteurs en ce qui concerne les TPE et PME, mais non au niveau individuel
- Accompagner la généralisation de la Charte de la Diversité d’une démarche d’accompagnement, de formation et de persuasion
En France, le manque de liens entre les entreprises et les jeunes ne concerne pas seulement les jeunes des quartiers difficiles mais l’ensemble de la population. Il est indispensable de rétablir la communication entre les jeunes et les entreprises, que ce soit au niveau de l’Education Nationale ou par le biais des fédérations (réunions territorialisées organisées par la CGPME…).
Adopter une approche territorialisée
La CGPME est caractérisée par un fort ancrage local. Au niveau des départements, les acteurs sont très engagés pour promouvoir la responsabilité sociétale des entreprises. En revanche, la CGPME a peu de moyens au niveau régional ou national : peu d’actions d’envergure sont mises en œuvre à ce niveau. La mise en place d’une initiative comme Nos Quartiers ont des Talents n’est ainsi pas envisageable.
En revanche, AGEFOS-PME est un outil efficace de financement et de conseil pour la formation professionnelle des PME et de leurs salariés. AGEFOS organise un certain nombre d’activités afin de sensibiliser les PME à la diversité et les amener à prendre en compte l’environnement dans lequel elles évoluent (petits-déjeuners…).
Agir sur les métiers en tension
Une attention particulière doit être portée aux secteurs en tension (plus de 150 métiers en mai 2008). Un réel problème d’adéquation entre l’offre et la demande est à résoudre, et il est nécessaire d’adapter la population aux emplois dont nous avons besoin. Le service public de l’emploi, et notamment la fusion ANPE-ASSEDIC, participent de cette volonté. La formation tout au long de la vie peut être un outil pour y remédier (outil AGEFOS PME).
Davantage insister sur l’esprit d’équipe, le sens du travail dans les programmes scolaires
Des populations, notamment dans les quartiers difficiles, sont très éloignées de l’emploi. M. Veysset souligne que la normalisation de leur situation passe par l’emploi. En effet, un emploi implique un revenu qui lui-même entraîne l’autonomie de la personne, l’assistanat étant à éviter. La CGPME défend ainsi une révision des programmes scolaires et des supports éducatifs afin de redonner un sens au travail et de valoriser l’entreprise. Il faut également développer l’esprit d’équipe des jeunes, car dans une entreprise, on a besoin de personnes qui sont aptes à travailler ensemble. Ce sont de telles qualités qu’il faut développer.
Mettre en place une UV sociale
JF Veysset souligne que la mise en place d’une UV sociale serait un bon moyen de valoriser l’engagement des étudiants pour les autres, alors que les bénévoles font souvent défaut.
Développer le tutorat en entreprise
Le tutorat est également à développer car il a de nombreux résultats positifs. Il permet de gommer 80% des ressentis négatifs d’un travail (stress etc). La CGPME, avec l’accord des syndicats de salariés, développe le tutorat pour tout recrutement dans une nouvelle entreprise (et non seulement pour les apprentis). Ce système fonctionne très bien, à condition que les frais induits soient imputés dans les coûts de formation tout au long de la vie. Il est également indispensable que les tuteurs soient des volontaires. Concernant les stages, il est important que le stagiaire ait un tuteur tout au long de son stage qui lui permette d’évoluer au sein de l’entreprise.
Ne pas généraliser mais favoriser le développement d’initiatives locales et communiquer sur les bonnes pratiques
Certaines CGPME (Nord Pas de Calais, Rhônes Alpes, Marseille) ont incité leurs entreprises adhérentes à prendre des stagiaires issus des quartiers difficiles. Ces initiatives sont un succès, mais la raison de leur succès réside en grande partie dans le fait que ces démarches sont territorialisées.
JF Veysset souligne en effet que toute généralisation est mauvaise par principe. Il faut permettre aux initiatives locales de se développer, et communiquer autour des expérimentations réussies. Les réalités régionales sont trop disparates pour imposer des normes nationales, qui brident les initiatives locales. Ainsi au sein de la CGPME des thèmes sont définis au niveau national, puis les échelons départementaux ont la responsabilité de les adapter à leur niveau.
Informer et former les recruteurs RH à la diversité
Il est possible de former à la diversité les jeunes qui commencent des formations de RH. Il est également possible d’informer et de former ceux qui exercent déjà ce métier. La CGPME a ainsi un institut de formation sociale et propose d’inclure des aspects sociaux (diversité…) dans ces formations.
Les chefs de file sont aussi réunis à diverses occasions afin d’en faire les relais de messages sur la diversité. Ces démarches bénéficient d’abondements financiers ou d’aides de l’Etat.
Favoriser le recrutement par simulation
Le recrutement par simulation existe déjà dans un certain nombre de secteurs, notamment dans l’hôtellerie-restauration. Ce système est particulièrement pertinent pour les secteurs en tension, car il permet de recruter des personnes n’ayant pas les qualifications adéquates mais présentant des prédispositions leur permettant d’acquérir rapidement les requis indispensables à l’exercice de la profession.
Faciliter la mesure statistique des minorités ethniques par les entreprises est irréaliste
De même que le CV anonyme, cette mesure ne correspond pas à la vision de la CGPME. Ces mesures n’amélioreront en rien la situation, et peuvent au contraire constituer des freins à l’intégration des minorités.
Ne pas imposer de quotas
De plus, il ne faut surtout pas imposer de quotas. Il faut inciter et encourager, afficher des sanctions étant contre productif.
La démarche de l’ESSEC est à privilégier. Elle s’inscrit dans un contexte particulier, lié à son environnement (Cergy). Des lycées détectaient en effet des jeunes ayant du potentiel, mais ne pouvant le développer. La mise en place d’une expérimentation de ‘grand frère ‘ a révélé un besoin. Grâce à un accompagnement réalisé par des étudiants, les élèves ont pu développer leurs compétences et poursuivre leurs études.
La démarche de SciencesPo a eu des résultats certains, mais une telle initiative ne peut être que limitée. SciencesPo doit servir d’exemple pour la mise en place d’autres démarches favorisant la diversité au sein des établissements d’éducation supérieure.
Charte de la diversité : formation et accompagnement indispensables à toute volonté de généralisation
Le développement de la Charte de la diversité ne peut avoir lieu qu’accompagnée d’un certain nombre d’exigences et de rigueur. Actuellement, il y a souvent un excès de laxisme qui conduit à l’échec. Sous prétexte de diversité, il ne faut pas abandonner les exigences par rapport aux attitudes et aux comportements attendues dans toute entreprise, et tolérer un laxisme néfaste à l’activité de l’entreprise.
En conséquent, le développement de la charte de la diversité ne peut se faire sans accompagnement, sans formation et sans explication (convaincre les entreprises)
Bien fondé du dispositif « défense 2° chance »
Le dispositif « défense deuxième chance », qui vise l’insertion professionnelle de jeunes de 18 à 21 ans en difficulté scolaire et sociale grâce à une formation comportementale, scolaire et professionnelle dispensée en internat est une bonne démarche. En effet, de nombreux jeunes aspirent à l’autorité, la rigueur, la discipline, auxquels ils sont confrontés dans ces centres. De plus, ces centres permettent d’éloigner les jeunes de leur environnement.
Accompagner la pré-insertion par l’apprentissage d’une rupture avec le cadre de vie
L’apprentissage dans les entreprises ne sera un succès que si les jeunes sont sortis de leur milieu
De nombreuses initiatives échouent en effet quand les jeunes ne sont pas sortis de leur milieu. La pré-insertion par l’apprentissage dans les entreprises est ainsi souvent un échec, car les jeunes subissent encore l’influence de leur environnement. IL faut des cellules intermédiaires qui permettent d’aller progressivement vers la normalisation.
JF Veysset propose ainsi la création d’internats d’entreprises, qui pourraient être financés grâce au 1% logement. Sinon, en fonction des cas, cette insertion par l’apprentissage pourrait être réalisée dans un environnement proche, avec l’accompagnement des assistantes sociales, avec l’appui des ressources du quartier (éducateurs etc).
La CGPME est pour exonérer de charges fiscales pendant les 6 premiers mois les entreprises qui recrutent des personnes issues des quartiers populaires
La CGPME préconise que la diversité et les efforts des entreprises dans ce domaine soient plus souvent pris en compte : le temps dédié à ces missions n’est pas utilisé à produire.
Cependant, ces dispositifs d’exonération doivent être dégressifs.
La publication d’un rapport diversité dans le rapport annuel ne peut concerner que les grandes entreprises
Les PME n’ont pas les moyens de réaliser une telle démarche. Elles ne sont, à la différence des grandes entreprises, pas en mesure d’identifier leurs besoins en main d’œuvre à plus ou moins long terme. De tels rapports seraient trop contraignants. Souvent, les besoins sont chiffrés par secteur, mais non au niveau des entreprises. S’il n’est pas possible d’agir au niveau individuel, il est possible, via des obligations ou des incitations, d’adopter des mesures dans le cadre de la mutualisation.